Consultation sur les élèves promus sans les acquis nécessaires : la FSE-CSQ estime qu’un sérieux coup de barre est nécessaire
9 avril 2026
Lors de l’année scolaire 2024‑2025, pas moins de 42 % des enseignantes et enseignants, tant au primaire qu’au secondaire, affirment que certains de leurs élèves ont été promus au niveau supérieur en dépit de leur recommandation de redoublement ou de transfert en classe spécialisée. De plus, 23 % des profs du primaire et 29 % des profs du secondaire ont affirmé avoir subi des pressions, notamment de la part des directions ou des parents, pour faire passer un élève au niveau supérieur, ce qui est non seulement inacceptable, mais contraire à la Loi sur l’instruction publique (LIP).
Ces données ont été recueillies lors d’une consultation, menée en novembre et décembre 2025, par la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ). Près de 5 700 enseignants ont participé à cette collecte de données. Les résultats de la consultation illustrent clairement la complexité de la tâche des enseignants, qui doivent composer avec la présence dans leur classe d’un nombre important d’élèves n’ayant pas les acquis nécessaires pour y être.
« Ces résultats inquiétants démontrent hors de tout doute que la promotion des élèves sans les acquis est une problématique majeure du réseau qui ne peut plus être ignorée. Beaucoup d’élèves dans les classes n’ont ni le niveau attendu ni une maîtrise suffisante des notions préalables, ce qui a un impact direct sur la charge de travail des profs et sur les services aux autres élèves. Il est plus que temps de donner un sérieux coup de barre, car faire passer les élèves au niveau supérieur sans s’assurer que la matière soit comprise et maitrisée, ça fait de belles statistiques à court terme, mais ça peut compromettre le parcours scolaire de bien des élèves », a fait savoir Richard Bergevin, président de la FSE‑CSQ.
Des données préoccupantes qui ressortent de la consultation :
- Les enseignants du primaire estiment qu’entre deux et trois élèves dans leur classe ont été promus sans les acquis nécessaires (2,4 en moyenne);
- Au secondaire, 35 % des enseignants estiment que plus du quart de leurs élèves ont été promus sans les acquis nécessaires;
- 41 % des enseignants au primaire ont au moins un élève en modification des attentes en français dans leur classe; 37 % en ont au moins un en mathématique. Rappelons que la modification des attentes devrait être une mesure exceptionnelle pour les élèves qui ne peuvent répondre aux exigences du programme.
- 42 % du personnel enseignant consulté, tant au primaire qu’au secondaire, affirme que des élèves ont été promus au niveau supérieur, même s’il avait recommandé le redoublement ou le classement de l’élève en classe spécialisée;
- 23 % des profs du primaire et 29 % des profs du secondaire ont affirmé avoir subi des pressions pour promouvoir un élève;
Parmi ceux ayant subi de la pression, 44 % des profs du primaire affirment qu’on leur a demandé de réduire les exigences d’évaluation. Au secondaire, on a demandé aux profs ayant subi des pressions de modifier le résultat d’un élève en échec (60 %), ou de lui offrir un travail compensatoire inéquitable (47 %). La LIP (article 19.1) prévoit pourtant que l’attribution des notes appartient aux enseignants.
Les répercussions sur les élèves et sur l’enseignement
Les données de la consultation mettent en lumière les conséquences de la promotion sans les acquis nécessaires constatés par les enseignants, tant sur les élèves que sur l’enseignement.
Les effets sur les élèves sont notamment les suivants :
- Découragement et baisse d’estime de soi des élèves n’ayant pas les acquis;
- Comportements perturbateurs;
- Les élèves les plus forts s’ennuient;
- Anxiété des élèves en difficulté.
Les effets sur l’enseignement sont notamment les suivants :
- Difficulté à gérer les besoins de tous les élèves;
- Interruptions fréquentes lors des explications;
- Complexification due à la multiplication des mesures d’adaptation;
- Difficulté à passer l’entièreté des apprentissages prévus pour ce niveau;
- Peu ou pas d’enrichissement pour le groupe.
Une demande de discussion avec le ministère de l’Éducation
« La situation est intenable. Nous souhaitons discuter en profondeur de cette problématique avec le ministère de l’Éducation pour qu’ensemble, nous trouvions des solutions pour mieux faire réussir tous les élèves en s’assurant que les enseignants ne croulent pas sous la charge et la complexité de la tâche », a conclu M. Bergevin, en rappelant la nécessité d’une grande réflexion sur l’état de l’éducation au Québec, tel que demandé par la CSQ.
Rappelons que cette consultation s’inscrit dans le cadre de l’offensive professionnelle et pédagogique entreprise par la FSE‑CSQ au printemps 2024, visant à améliorer le quotidien du personnel enseignant en dehors de la voie de la convention collective. Elle fait également suite au dépôt d’une pétition, signée par plus de 21 000 enseignantes et enseignants, réclamant un chantier sur l’évaluation des apprentissages.